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Quand la surcharge de travail en entreprise devient la norme

  • 18 mars
  • 11 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 mars

Illustration sur la surcharge de travail en entreprise : “On n’a pas le temps, vraiment ?”, réflexion sur l’organisation et la performance
Surperformance, organisation du travail et manque d’anticipation : comprendre ce qui se joue réellement derrière la surcharge des équipes

« On n’a pas le temps »


C’est une phrase qui revient très régulièrement dans des contextes de surcharge de travail en entreprise. Au départ, elle passe inaperçue, parce qu’elle semble normale en raison d’une période un peu chargée, un projet qui s’accélère, un imprévu à gérer… Finalement rien de vraiment inhabituel dans la vie d’une entreprise.


Sauf que ce qui devait être ponctuel finit par s’installer doucement et durablement. On s’organise autrement, on décale ce qui peut l’être, on priorise les urgences, et surtout, on s’habitue. C’est probablement ça le point le plus insidieux : cette capacité qu’ont les équipes à s’adapter, jusqu’à intégrer la surcharge comme une donnée normale du travail.


Et pourtant, quand on prend un peu de recul, on se rend compte que cette surcharge n’est presque jamais le fruit du hasard. Elle s’installe parce qu’il y a, à un moment donné, un écart qui se crée entre ce que l’entreprise attend, en termes de résultats, de rythme, de performance, et ce que son organisation permet réellement de produire. C’est ce que l’on observe dans beaucoup de situations de surcharge de travail en entreprise.


Un écart qui, tant qu’il reste supportable, est absorbé par l’ensemble des collaborateurs en entreprise. Mais qui, lorsqu’il n’est pas questionné, finit par devenir un mode de fonctionnement à part entière.


Salarié en surcharge de travail en entreprise, fatigué et submergé par ses tâches au bureau

Pourquoi la surcharge de travail en entreprise devient une norme : Une dérive progressive qui ne dit pas son nom


Ce qui est frappant, quand on observe ces situations, c’est qu’il n’y a presque jamais de “moment de bascule” clairement identifiable. On n’est pas sur une décision brutale qui viendrait tout déséquilibrer du jour au lendemain, mais plutôt sur une accumulation de choix, souvent cohérents pris isolément, mais qui, mis bout à bout, finissent par créer une tension permanente.


L’activité se développe, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Les objectifs deviennent plus ambitieux, ce qui peut être stimulant. On cherche à améliorer la performance, à gagner en efficacité, à structurer davantage… là encore, rien de problématique en soi.


Mais dans le même temps, l’organisation du travail, elle, ne suit pas toujours au même rythme.


On ajoute des projets sans forcément en retirer d’autres. On complexifie certains process pour mieux piloter, sans toujours mesurer ce que cela implique concrètement sur le terrain. On attend plus, sans toujours redéfinir les priorités ni ajuster les moyens.

Et progressivement, ce qui relevait au départ d’un léger déséquilibre devient une tension constante.


Les collaborateurs compensent, trouvent des solutions, s’adaptent, pour absorber ce déséquilibre. C’est d’ailleurs souvent ce qui fait tenir l’ensemble pendant un certain temps.

Mais cette capacité d’adaptation a une limite, et surtout, elle a un effet pervers car elle masque le problème.


Le rôle des dirigeants : une question d’alignement


Réunion de dirigeants en entreprise analysant des documents et prenant des décisions stratégiques

Dans ce type de situation, tout ne repose évidemment pas sur les dirigeants d'entreprise, mais il serait difficile de ne pas reconnaître que beaucoup de décisions structurantes prennent leur origine à ce niveau. Non pas par manque d’intérêt pour le terrain, mais souvent par un décalage progressif entre la vision stratégique et la réalité opérationnelle.


Les orientations sont prises pour développer l’activité, améliorer la performance, répondre à des enjeux économiques ou concurrentiels. Sur le principe, ces décisions sont légitimes. Là où les difficultés apparaissent, c’est lorsque ces orientations ne sont pas pleinement traduites dans l’organisation du travail.


Les objectifs évoluent, les exigences augmentent, mais dans le même temps, les équipes, les rôles, les priorités ou les moyens ne sont pas toujours ajustés avec la même rigueur.

Ce déséquilibre n’est pas toujours visible immédiatement. Tant que les résultats restent acceptables, l’organisation donne le sentiment de fonctionner, alors même qu’elle est déjà sous tension.


Et c’est souvent lorsque cette tension devient trop forte, notamment lorsque les résultats ne sont plus au rendez-vous, que le sujet remonte réellement au niveau de la direction. Non pas au moment où les équipes commencent à s’épuiser, mais au moment où les conséquences deviennent mesurables.


Autrement dit, lorsque le coût de l’inaction devient plus contraignant que celui de l’action.

 

Quand la réalité du terrain ne suit plus


Dans une organisation que j’ai accompagnée, cette dynamique était particulièrement visible.


L’activité reposait en grande partie sur des appels d’offres, avec une logique assez classique : se positionner sur un volume important d’opportunités pour en concrétiser une partie. Sauf qu’à ce stade, personne ne savait combien de projets allaient réellement démarrer.


Résultat, la mécanique s’est tendue et les premiers effets sont apparus.


Des délais devenaient difficiles à tenir, certaines spécifications évoluaient en cours de route parce qu’elles avaient été posées trop rapidement, et cela entraînait de devoir retravailler plusieurs fois les mêmes tâches.


Dans ce contexte, l’interdépendance entre les équipes devenait de plus en plus forte. Lorsque les résultats n’étaient pas au niveau attendu, les tensions montaient rapidement car chacun cherchait à éviter de porter la responsabilité de la situation. Au lieu d’être dans une logique de compréhension du problème et d’être « orienté solution », le réflexe du “ce n’était pas notre faute” s’installait.


À cela s’ajoutait un turnover important. Des collaborateurs quittaient les projets en cours de route et les nouveaux collaborateurs devaient reprendre des sujets déjà engagés, sans disposer du temps nécessaire pour se les approprier. On leur demandait d’être immédiatement opérationnels sur des projets complexes, là où il aurait fallu plusieurs mois pour l’être. Les conséquences étaient inévitables : pertes d’information, erreurs, nouvelles reprises de travail, et parfois même des départs supplémentaires.


Pendant un temps, malgré tout, l’organisation continuait d’avancer. Les équipes s’adaptaient, absorbaient, compensaient, et de l’extérieur, les projets semblaient progresser, tant bien que mal, sans alerte majeure.


Puis un point de rupture a été atteint car un projet n’a pas été délivré comme prévu. Des dysfonctionnements devenus trop importants pour être absorbés ont directement impacté les résultats financiers. Les réactions de la direction ont alors été vives, avec une forme de sidération face à une situation qui, jusque-là, semblait globalement sous contrôle. Ce qui fonctionnait “tant bien que mal”, sans être réellement formalisé ni complètement compris, s’est brutalement transformé en problème à traiter en urgence.


Les plans d’action se sont enchaînés, les exigences se sont renforcées, la pression est montée d’un cran, avec l’idée de reprendre la main rapidement. Mais dans les faits, cela revenait souvent à ajouter de la contrainte sur des équipes déjà sous tension, sans traiter les causes profondes du déséquilibre.

 

Managers et collaborateurs : des équilibres sous tension


Équipe en discussion autour d’un ordinateur illustrant les tensions et les échanges en milieu professionnel

Dans ce type de configuration, l’écart entre ce qui est attendu et ce qui est réellement faisable se répercute directement sur le fonctionnement des équipes.


Les managers en entreprise, en première ligne, se retrouvent à devoir maintenir un équilibre qui devient de plus en plus fragile. Ils doivent à la fois répondre aux attentes de la direction, garantir la tenue des projets et préserver, autant que possible, leurs équipes. Concrètement, cela se traduit par une succession d’arbitrages, de réorganisations de dernière minute, et une présence accrue sur l’opérationnel.


Progressivement, leur rôle évolue sans que cela soit réellement formalisé. Ils passent moins de temps à piloter, à anticiper ou à accompagner, et davantage à gérer l’urgence, combler les manques, sécuriser ce qui peut l’être. Dans certains cas, ils en viennent même à reprendre eux-mêmes une partie du travail pour éviter que les projets ne prennent trop de retard.


Du côté des collaborateurs, les réactions ne sont pas homogènes.


Certains s’engagent davantage, prennent sur eux, absorbent une part croissante de la charge, souvent avec le souci de maintenir un niveau de qualité acceptable. Ce sont eux qui, bien souvent, permettent au système de continuer à fonctionner malgré les déséquilibres.


D’autres, confrontés à une situation qu’ils perçoivent comme désorganisée ou peu soutenable dans la durée, prennent de la distance. L’implication diminue, les priorités sont revues à la baisse, et une forme de retrait s’installe, parfois de manière progressive.


Ce décalage entre les niveaux d’engagement crée des tensions supplémentaires au sein des équipes. Ceux qui compensent ont le sentiment d’en faire plus que les autres, tandis que ceux qui se protègent cherchent à préserver un équilibre devenu difficile à tenir. Dans le même temps, l’organisation ne tient pas toujours compte de ces écarts. Le niveau d’engagement est peu différencié, la reconnaissance ne suit pas, et cela installe progressivement un sentiment d’injustice qui fragilise l’ensemble de l’équipe.


Dans l’ensemble, le système tient, mais au prix d’ajustements permanents qui reposent largement sur les individus plutôt que sur un cadre structuré.


La performance… et ses dérives


Derrière ces situations, se pose une question plus large, souvent moins visible, mais pourtant centrale : celle de la performance.


Dans beaucoup d’organisations, il ne s’agit plus uniquement d’atteindre des objectifs, mais de le faire plus vite, avec plus d’efficacité, et surtout dans une forme de continuité qui laisse peu de place à la prise de hauteur. La performance devient une attente constante, intégrée au fonctionnement quotidien, parfois sans être réellement questionnée.


Ce qui pose difficulté, ce n’est pas tant cette exigence en elle-même, qui reste légitime, mais la manière dont elle se traduit concrètement dans le quotidien des équipes.


On le voit très clairement dans certaines situations. Une nouvelle demande qui arrive, présentée comme prioritaire, sans que les sujets en cours soient réinterrogés. Un outil ou un process supplémentaire censé faire gagner du temps, mais qui vient s’ajouter à l’existant, voire le complexifier. Ou encore cette impression que tout doit être fait plus vite, sans que l’on redéfinisse réellement ce qui est prioritaire et ce qui ne l’est pas.


Dans les faits, on demande aux collaborateurs de faire plus, parfois mieux, souvent plus vite, sans que les priorités soient réellement clarifiées ni que les moyens suivent de manière cohérente.


Progressivement, cette recherche de performance glisse vers une forme de surperformance attendue, dans laquelle l’effort supplémentaire devient la norme, sans être identifié comme tel.


Dans ce contexte, la surcharge de travail ne résulte pas uniquement d’un manque de ressources, mais aussi d’un décalage entre le niveau d’exigence fixé et la capacité réelle de l’organisation à y répondre de manière structurée.

 

Un coût bien réel… mais rarement anticipé


Dans un premier temps, ce type de fonctionnement reste supportable, du moins en apparence. Les équipes s’adaptent, les résultats sont globalement au rendez-vous, même si cela se fait au prix d’efforts importants et d’ajustements permanents.


Sur le terrain, des indicateurs sont pourtant bien présents : fatigue qui s’installe, tensions plus fréquentes, qualité plus irrégulière, délais de plus en plus difficiles à tenir, départs qui se multiplient.


Pour autant, ils ne suffisent pas toujours à déclencher une remise en question, tant que l’activité se maintient et que les résultats restent acceptables.

Ce qui fait réellement bouger les lignes, dans la majorité des cas, c’est le moment où l’impact devient financier.


Lorsque le travail n’est plus réalisé correctement, que les dysfonctionnements s’accumulent ou que certaines opportunités ne peuvent plus être saisies, le sujet change de nature. Ce n’est plus uniquement un problème organisationnel, c’est le business lui-même qui est touché.


Et c’est souvent à ce moment-là que l’organisation réagit.


Non pas dans une logique d’anticipation, mais dans une logique de rattrapage, avec des décisions prises dans l’urgence : plans d’action rapides, arbitrages budgétaires, gel de projets, voire réduction des effectifs.


Le paradoxe, c’est que ces décisions interviennent alors même que les déséquilibres sont installés depuis longtemps, et qu’elles ont, dans bien des cas, des effets contre-productifs. En ajoutant de la contrainte ou en réduisant encore les moyens, elles viennent accentuer les difficultés qu’elles cherchent à corriger.


Entre-temps, un coût important s’est accumulé, sans être réellement mesuré. Un coût organisationnel, humain, mais aussi économique, souvent invisible dans les indicateurs financiers classiques, et donc largement sous-estimé.


En l’absence de cette lecture, l’organisation avance jusqu’au point de rupture, avec des marges de manœuvre de plus en plus réduites.


Au final, personne n’y gagne : ni les équipes, qui ont absorbé durablement la surcharge, ni l’entreprise, qui se fragilise, ni les dirigeants, contraints d’agir dans l’urgence sur une situation qui aurait dû être anticipée.


Sortir de la surcharge : remettre de la cohérence dans l’organisation


Réunion d’équipe posée et structurée illustrant l’alignement et la cohérence dans l’organisation du travail

Sortir de cette dynamique ne consiste pas simplement à ajouter des ressources ou à demander aux collaborateurs de mieux s’organiser. Dans la majorité des cas, le sujet est ailleurs.


Ce qui est en jeu, c’est la capacité de l’organisation à créer un cadre suffisamment clair et cohérent pour permettre au travail de se faire dans de bonnes conditions, sans reposer en permanence sur la capacité d’adaptation des collaborateurs.


Cela passe d’abord par un travail de clarification concernant les rôles, les responsabilités et les circuits de décision. Dans beaucoup d’organisations, ces éléments sont implicites, mouvants, parfois interprétés différemment selon les services. Remettre de la clarté permet déjà de limiter une grande partie des pertes de temps, des incompréhensions et des renvois de responsabilité.


Cela suppose également de remettre de la cohérence dans la priorisation. Tout ne peut pas être traité au même niveau d’urgence. Lorsqu’une nouvelle demande arrive, la question n’est pas uniquement de savoir comment la réaliser, mais aussi ce qu’elle vient remplacer, décaler ou arrêter. Sans ce travail d’arbitrage, la charge ne disparaît jamais, elle s’accumule.


Un autre point essentiel concerne l’alignement entre les décisions prises et la réalité du terrain.


Des décisions prises sans tenir compte du fonctionnement réel de l’organisation, des outils déployés sans s’assurer qu’ils facilitent réellement le travail, ou encore des dispositifs mis en place davantage pour donner l’impression d’agir que pour répondre à un besoin concret, finissent par produire l’effet inverse de celui recherché.


Le but n’est pas d’opposer le terrain et la direction, mais de faire en sorte que les contraintes de chacun soient prises en compte. D’un côté, des besoins opérationnels bien réels. De l’autre, des arbitrages nécessaires sur les ressources et les priorités.

C’est dans cette capacité à faire dialoguer ces deux réalités que se joue l’équilibre.


Enfin, il est indispensable de regarder la charge de travail telle qu’elle est réellement vécue. Distinguer ce qui relève d’un manque de moyens de ce qui relève d’un problème d’organisation permet d’éviter des réponses inadaptées. Dans certains cas, le sujet n’est pas tant le volume de travail que la manière dont il est structuré, distribué ou piloté.


L’enjeu, au fond, est de sécuriser le fonctionnement global pour permettre à la fois d’atteindre les résultats attendus et de créer des conditions de travail soutenables dans la durée.


Et sur ce point, le constat est assez clair.


Lorsque les décisions sont prises de manière silotée, sans lien réel avec la manière dont le travail s’organise concrètement, cela ne fonctionne pas. Lorsque les outils, les process ou les dispositifs sont pensés indépendamment du terrain, cela ne fonctionne pas non plus. Et lorsque chacun agit dans son périmètre sans vision d’ensemble, en pensant résoudre une partie du problème, on ne fait en réalité que déplacer les déséquilibres.


C’est ce que l’on observe de manière récurrente dans les organisations qui rencontrent ces difficultés.


À l’inverse, lorsque les décisions sont alignées avec la réalité du terrain, que les arbitrages sont assumés et que l’organisation est pensée dans sa globalité, le processus organisationnel devient plus clair, la performance est au rendez-vous, et les collaborateurs ne sont plus utilisés comme variable d’ajustement pour compenser les déséquilibres du système.


Reprendre la main sur ce qui compte vraiment


Lorsque la surcharge de travail devient la norme, ce n’est jamais le fruit du hasard. C’est le signe d’un déséquilibre plus profond dans la manière dont le travail est organisé, piloté et priorisé.


Bonne nouvelle, ce n’est pas une fatalité, mais à condition d’accepter de regarder les choses en face, de remettre de la cohérence dans les décisions et de reconnecter l’organisation avec la réalité du terrain.


Si à la lecture de cet article, vous avez le sentiment que certaines situations résonnent particulièrement, que cela met des mots sur ce que vous observez ou vivez au quotidien, alors c’est probablement qu’il y a quelque chose à interroger dans votre fonctionnement.


Et c’est souvent à ce moment-là que le déclic se fait.


Pas nécessairement lorsque la situation devient critique, mais bien en amont, lorsqu’on commence à prendre du recul et à voir plus clairement ce qui ne fonctionne plus comme cela devrait.


Si vous souhaitez échanger à ce sujet, partager votre lecture de la situation et prendre un temps de recul, je vous propose un premier échange d’une heure, sans engagement.





Nicolas Carré - Fondateur du cabinet Ma Valeur Humaine

Expert RH | Coach professionnel certifié | Formateur

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